samedi 15 août 2009

Une image


Je pose une image: la première de celle qui va me permettre de me souvenir. Première pièce à gauche en entrant dans ma mémoire. Couloirs déserts. Commencer à construire une pièce pour ne pas sombrer - sombrer dans quoi d'ailleurs? - l'oubli? Il nous rattrapera. Traces numériques ou pas. Juste, pour poser un premier souvenir.

Éclairons plutôt cette pièce. Elle servira à un texte. Le voici:

La silencieuse amitié de la lune (je cite mal Virgile) t'accompagne depuis cette - engloutie aujourd'hui dans le temps - nuit ou soirée, où tes yeux distraits la déchiffrèrent pour toujours dans un jardin ou un patio qui sont poussière. Pour toujours? (...)

Il s'agit du début d'un poème de l'écrivain argentin J.L Borges. Citer un poème, ou même évoquer la poésie, vous range aujourd'hui dans la case poussiéreuse d'un art qui n'a plus -trop - lieu, sauf à être - petitement - appris dans les écoles, tout juste.

La poésie est pourtant un enchantement de la vie. Un jeu de mots proche - si proche - de l'esprit et du coeur. Une musique presque.

Ne vous est-il jamais arrivé de parcourir les lignes des (grands) poètes, et ce, même en des langues inconnues?

Elle suppose - parfois, mais pas toujours - de se laisser aller à l'écoute. Sans arrières gardes, ni prétentions aucunes.

Elle est une entrée directe vers l'esprit de ceux qui l'ont osé, composée. Elle est le lieu d'expérimentation, de résurgences, de traversées.

Elle est semblable à la mémoire: nécessaire recomposition de ce qui nous a formé, forgé, projections, rêves, vagues espoirs, croyances, interlignes. Elle abolie, sous sa forme littéraire, le temps.

Image: Marcel Marceau

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