mardi 25 août 2009

De mémoire


Que puis-dire de mémoire?

Des bribes de poésie? Récitation. Par cœur (comme c'est joli). By heart. Mais, et l'esprit?

Le cœur, pourtant, retient mieux que ce dernier. Émotions, sensations, perceptions.

Sans doute le pourquoi des palais de mémoire. Ils sont les demeures de l'esprit.

Puis-je de mémoire être à nouveau proche de mon enfance? Peut-être, un peu. Mais peu. Ces souvenirs m'appartiennent-ils? M'ont-ils été donnés par ceux qui les ont, pour moi - aussi - retenus?

Quelques évocations. Des précisions certaines. C'est tout.

Et, qu'en sera-t-il (dans quelque temps)?

Ils seront surement choisis. Visages et paysages. Visiteurs de l'enfance.

Ainsi l'esprit construit d'autres bâtisses. Dont les ombres portées sont tissées des souvenirs du coeur.

samedi 15 août 2009

Une image


Je pose une image: la première de celle qui va me permettre de me souvenir. Première pièce à gauche en entrant dans ma mémoire. Couloirs déserts. Commencer à construire une pièce pour ne pas sombrer - sombrer dans quoi d'ailleurs? - l'oubli? Il nous rattrapera. Traces numériques ou pas. Juste, pour poser un premier souvenir.

Éclairons plutôt cette pièce. Elle servira à un texte. Le voici:

La silencieuse amitié de la lune (je cite mal Virgile) t'accompagne depuis cette - engloutie aujourd'hui dans le temps - nuit ou soirée, où tes yeux distraits la déchiffrèrent pour toujours dans un jardin ou un patio qui sont poussière. Pour toujours? (...)

Il s'agit du début d'un poème de l'écrivain argentin J.L Borges. Citer un poème, ou même évoquer la poésie, vous range aujourd'hui dans la case poussiéreuse d'un art qui n'a plus -trop - lieu, sauf à être - petitement - appris dans les écoles, tout juste.

La poésie est pourtant un enchantement de la vie. Un jeu de mots proche - si proche - de l'esprit et du coeur. Une musique presque.

Ne vous est-il jamais arrivé de parcourir les lignes des (grands) poètes, et ce, même en des langues inconnues?

Elle suppose - parfois, mais pas toujours - de se laisser aller à l'écoute. Sans arrières gardes, ni prétentions aucunes.

Elle est une entrée directe vers l'esprit de ceux qui l'ont osé, composée. Elle est le lieu d'expérimentation, de résurgences, de traversées.

Elle est semblable à la mémoire: nécessaire recomposition de ce qui nous a formé, forgé, projections, rêves, vagues espoirs, croyances, interlignes. Elle abolie, sous sa forme littéraire, le temps.

Image: Marcel Marceau

vendredi 14 août 2009

Construire un palais de mémoire


Avez-vous lu Le Palais de Mémoire de Matteo Ricci de Jonathan D.Spence (Payot, 1986)?

Sur la quatrième de couverture - sorte de porte d'entrée des arrières cours pour les livres - on peut donc lire ceci:

A la fin du XVIe siècle, alors que se terminait l'époque des découvertes des grands navigateurs, les marchands et les missionnaires commencèrent à explorer l'Extrême-Orient, à la recherche de nouveaux marchés et de nouvelles âmes.

Un de ces voyageurs extraordinaires fut le jésuite Matteo Ricci, qui quitta son Italie natale en 1577 et prit le chemin des Indes puis de la Chine (...)

Il rédigea en chinois un traité de philosophie morale (...)

et, il construisit des palais de mémoire:

à cette époque en effet, ou voyageurs et missionnaires n'avaient plus de contact avec les livres et les bibliothèques occidentales, la mémoire était le seul moyen de classer et d'emporter avec soi l'ensemble de ses connaissances (...) On recourrait donc à divers moyens mnémotechniques (...) on attribuait une image à tout se dont on souhaitait se souvenir, et ces images étaient rangées dans des pièces; on inventait des portes et des escaliers donnant accès à de nouveaux espaces: progression infinie qui permettait de construire des palais plus ou moins vastes selon la quantité des informations à retenir.

Ce que cette page ne dit pas, c'est que la construction de ces palais est bien plus ancienne.

Les Grecs s'en servaient pour retenir des pans entiers de discours. Ils construisaient d'étonnantes pièces emplies d'objets hétéroclites destinés ainsi à archiver, encore et toujours. Par obligation. C'était une méthode.

Je me suis essayée, moi aussi, à construire ces palais. Cela n'est pas chose facile. Il faut beaucoup de rigueur et d'entrainement...

A l'heure où les liens numériques montent et descendent les escaliers d'un drôle de nouveau palais intitulé Web, ce blog va tenter de construire son palais de mémoire.

Un palais plutôt d'imaginaires, de lectures, de figures. Un endroit à fabriquer du souvenir.Un espace et un temps pour l'exploration, littéraire et de lectures, aussi.

Un palais qui n'a de nom que celui-ci car il se veut modeste, à l'écart de la vitesse et du flux, à l'étude de l'intervalle, de l'interstice, des ombres, du silence (pas de brouhaha, oh non), des rythmes, et des ruptures.

Quel sera mon premier souvenir? De quelle image vais-je te doter?